Entretien Vincent Luis : « La Super League récompense ceux qui n’ont pas de faiblesse »

De retour de Singapour et tout juste auréolé de sa victoire au général du premier championnat de la Super League Triathlon, Vincent Luis nous a accordé quelques minutes pour un entretien tout en décontraction. Au tableau de bord : sa personnalité, la Super League évidemment, ses objectifs, les Jeux Olympiques et son avenir. Dans une nouvelle dynamique depuis son changement de groupe d’entraînement, le Vésulien, star du triathlon mondial, est de plus en plus fort, domine son sujet et paraît parfois quasi inarrêtable. Entretien et confidences à la veille de la reprise des World Triathlon Series demain à Abu Dhabi.

Propos recueillis par Pierre-Maxime BRANCHE. Photos : Super League Triathlon

3Bikes.fr : Vincent, on te sait amateur de bon café. Est-ce qu’une bonne journée commence toujours par un bon noir ? Peut-on te parler avant ou mieux vaut-il attendre après ?
Vincent Luis : Pas nécessairement. J’apprécie surtout le bon café. Du coup, si c’est pour boire du café qui sort d’une capsule, je préfère m’abstenir, ce qui ne m’empêchera pas de passer une bonne journée. Je suis plutôt du matin donc aucun souci pour discuter avant ou après…

3B : Quels sont les plaisirs que tu t’accordes dans l’assiette ? D’ailleurs, 3bikes.fr vient dîner ce soir (nous sommes 4 !), que mange-t-on ?
V.L. : Je ne m’impose aucune restriction alimentaire. Je mange ce dont j’ai envie, quand j’en ai envie. Si vous venez ce soir, je ferai sûrement des burgers. C’est rapide à faire et puis tout le monde aime les burgers !

3B : 2018 s’est terminée sur ta victoire lors de la Grande finale WTS à Gold Coast (Australie), ta 2e place mondiale et de spectaculaires victoires sur les manches Super League de Jersey, Malte et Majorque. Cela t’a fait du bien de souffler ou l’entraînement te manque-t-il même en mode coupure ?
V.L. : J’étais content que la coupure arrive… En fin de saison, j’ai couru pratiquement tous les week-ends pendant deux mois. Quand je suis en coupure, je ne m’entraîne pas du tout, et cela ne me manque pas ! Cela me permet d’être ultra motivé à la reprise et de ne pas avoir de baisse de motivation durant la saison.

3B : Quel est le visage de Vincent Luis durant l’intersaison : oiseau de nuit, globe-trotter ou les deux ?
V.L. : Je suis de moins en moins oiseau de nuit. Avec le mode de vie que j’ai, je profite de l’intersaison pour régler tout ce que je ne peux pas faire en n’étant pas chez moi. Je passe une semaine à la maison à voir mes amis, répondre à mes obligations puis je déconnecte.

3B : Franchement, la Super League… c’est plus le pied qu’une manche WTS ? Quand on voit tes capacités physiques, est-ce que la Super League n’a pas été créée pour toi ?
V.L. : La Super League, c’est vraiment à part. C’est différent. Tu cours sans pression, il n’y a pas de titre de décerné à la fin, tu cours pour toi et non pas pour ta Nation… Ce sont des efforts qui me conviennent, c’est clair. Je pense que cela récompense ceux qui n’ont pas de faiblesse et ce n’est pas pour me déplaire.

Dans l’avenir, je basculerai certainement vers le format 70.3

3B : Côté physique, d’ailleurs, quels chiffres es-tu prêt à nous dévoiler : fréquence cardiaque au repos, fréquence cardiaque maximale, VO2max, seuils ventilatoires ? On a envie de te connaître en chiffres.
V.L. : Désolé, mais je n’en ai aucune idée. D’ailleurs, pour casser le mythe, très peu de pros ITU bossent encore avec ces outils… Que ce soit Mario Mola, Richard Murray, Henri Schoeman, Jonathan Brownlee, etc, personne n’utilise ces références. Un bon échange avec ton coach et une retranscription sans faille de ton ressenti sont bien plus intéressants qu’un test HRV, si tu veux mon avis…

3B : Tu auras 30 ans en juin, te sens-tu physiquement encore en phase de progression pour les années à venir ? Ne ressens-tu jamais de lassitude dans l’une des disciplines ou au départ de certaines compétitions ?
V.L. : Je sens que je progresse encore. Mon changement de groupe m’a donné un nouvel élan. J’ai toujours l’envie de m’entraîner et de me faire mal. Quand cette envie disparaîtra, je pense qu’il sera temps de tourner la page.

3B : Basculeras-tu un jour vers le Long ?
V.L. : C’est une bonne question. Le format 70.3… oui, certainement. Le full Ironman… il y a très peu de chance. Pour moi, c’est un sport différent qui m’attire beaucoup moins.

3B : Tu parlais à l’instant de ton changement de groupe d’entraînement courant 2018. Tu as rejoint le Canadien Joël Filliol, une structure exclusivement constituée de triathlètes. Sur les réseaux sociaux, on a eu l’impression de te voir renaître et de t’éclater. Est-ce le cas ?
V.L. : C’est clair que je m’éclate, le changement a toujours du bon d’un point de vue de la motivation. Ensuite, le mode de vie est différent : on s’entraîne dans des endroits sympas, tu as des personnalités différentes dans le groupe ce qui te permet de discuter avec la personne de ton choix en fonction de ton humeur du moment.

3B : Est-ce enfin la fin du règne mondial de Mario Mola, ton partenaire d’entraînement, sur le circuit mondial ?
V.L. : Mario est quelqu’un de très fort, il a très peu de lacunes. Il les connait et bosse tous les jours pour les combler. J’ai beaucoup de respect pour lui. S’il doit encore gagner cette année, c’est qu’il aura été plus fort.

3B : Tu as aussi rejoint le Team Bahrain Endurance 13, quel intérêt pour toi ?
V.L. : C’est un team composé des meilleurs internationaux courte et longue distance. On échange sur tout ce qui peut se rapporter aux courses, à l’entraînement, aux lieux de stage, etc. C’est aussi bien évidemment un support financier qui m’aide à financer ma saison.

Mon objectif 2019 est de monter sur le podium du général des World Triathlon Series

3B : Parlons vélo, tu roules depuis plusieurs saisons sur Specialized. Quel modèle préfères-tu : Venge ou Tarmac ?
V.L. : J’aime bien les deux cadres. Si je devais en choisir un, je dirais le Venge. C’est un vélo vraiment rigide, surtout à l’avant. L’utilisation des axes traversants renforce cette rigidité. Ils ont beaucoup bossé sur le poids également. Du coup, je me retrouve avec un vélo aéro, rigide et léger.

J’aime bien le Venge et le Tarmac. Si je devais en choisir un, je dirais le Venge. C’est un vélo vraiment rigide, surtout à l’avant.

3B : Comment ta saison 2019 sera-t-elle articulée, quels sont tes objectifs ciblés ? Est-ce que le 20 août, jour du test event de qualification pour Tokyo 2020, représente le sommet de l’année ?
V.L. : Mon objectif 2019 est de monter sur le podium du général des World Triathlon Series. Le test event ne constitue pas mon objectif numéro un. Pour moi, si tu as le niveau de faire podium au général, c’est que tu as le niveau de faire podium à chaque course dont tu prends le départ et du coup aux Jeux Olympiques aussi. En 2015, je fais 2e du test event, et en 2016 je fais 7e des J.O. de Rio. J’ai retenu la leçon.

3B : Du coup, question inévitable : Tokyo 2020, c’est demain. Penses-tu déjà à la course olympique ? Fais-tu des rêves prémonitoires ?
V.L. : « Demain, c’est loin »…

On attend beaucoup du relais français, des moyens sont mis en place pour performer, mais attention à ne pas mettre sous pression les athlètes

3B : Vus les talents en Équipe de France, et les performances 2018 du relais mixte tricolore, champion d’Europe et du Monde rappelons-le, cela te fait un double objectif olympique. A-t-on la meilleure équipe du monde ?
V.L. : Sans aucun doute notre équipe est l’une des meilleures au monde si ce n’est la meilleure. Dans un relais, beaucoup de choses peuvent arriver. On fait beaucoup de bruit autour du relais, beaucoup de pression est déjà mise alors que l’on est encore loin des Jeux. Il va falloir gérer tout cela d’abord. On attend beaucoup du relais français, des moyens sont mis en place pour performer, mais attention à ne pas mettre sous pression les athlètes.

3B : Avant de te laisser démarrer la nouvelle saison WTS demain à Abu Dhabi : sans le triathlon, que ferais-tu aujourd’hui en 2019 ? Et dans 10 ans, en 2029, comment te projètes-tu ?
V.L. : Dans un monde idéal, je bosserais dans le design, la création, le développement de produits. Je suis quelqu’un qui vit à l’instinct, au jour le jour, du coup c’est un exercice compliqué pour moi. Mais à 40 ans, je souhaite juste être entouré des gens que j’aime. Le reste a très peu d’importance.

VINCENT LUIS EN BREF
Né le 27 juin à Vesoul (Haute-Saône)
Palmarès (non exhaustif) :
– Vainqueur de la Super League Triathlon 2018/2019
– Vainqueur des manches Super League Triathlon 2018 de Jersey, Malte et Majorque
– Vice-champion du monde 2018 (2e du classement final WTS)
– Vainqueur de la Grande Finale WTS 2018 (Gold Coast)
– WTS 2018 : 2e à Hambourg, 3e à Leeds et Abu Dhabi
– Champion du monde de Relais Mixte 2018
– Vainqueur de la Grande finale WTS 2017 (Rotterdam)
– 7e des Jeux Olympiques de Rio 2016
– Champion d’Europe Elite de Triathlon Sprint 2016

Pierre-Maxime Branche

Pierre-Maxime Branche

- 36 ans. - Journaliste professionnel depuis 2004 en presse sport spécialisée et information générale. - Pratiques sportives actuelles : triathlon & fitness. - Instagram : pierre_maxime_branche - Strava : La Fusée Parisienne

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