Rouler seul ou en groupe ?

Progresser implique de sortir de sa zone de confort de temps en temps. Pour cela, il faut accepter parfois la confrontation avec plus fort que soi, ou au contraire se retrouver seul avec soi-même. Dans quelles circonstances vaut-il mieux privilégier l’une ou l’autre des solutions ?

Par Guillaume Judas – Photos : Oakley / RH+

Rouler en groupe, c’est souvent la solution de facilité. Retrouver des copains pour partager une sortie, c’est une bonne motivation même si la météo n’est pas très engageante pour sortir le vélo. Pas obligatoirement des copains d’ailleurs. Autour de l’hippodrome de Longchamp, de nombreux cyclistes ne se connaissent pas. Et pourtant ils ont tendance à se regrouper en peloton, parfois pour faire connaissance, mais surtout pour profiter de l’abri des roues qui les précèdent. Parce que profiter du sillage d’un ou plusieurs cyclistes qui roulent devant, c’est économiser facilement entre 20 et 30 % d’énergie pour avancer à la même vitesse. Plusieurs cyclistes qui roulent ensemble et qui se relaient chacun leur tour en tête de groupe pour affronter la résistance de l’air vont plus vite et plus loin qu’un cycliste seul.

Profiter du sillage d’un ou plusieurs cyclistes qui roulent devant, c’est économiser facilement entre 20 et 30 % d’énergie pour avancer à la même vitesse.

Évidemment, si quelques perturbateurs décident de seulement profiter du sillage de leurs compagnons de route, ça peut créer la zizanie dans le groupe. En course, c’est un jeu, une tactique comme une autre, afin d’abattre ses meilleures cartes à la fin. À l’entraînement, au mieux c’est mal vu, ou au pire totalement contreproductif pour celui qui décide de se protéger du vent toute la sortie. Rouler en groupe peut aussi s’avérer dangereux sur la route. Dans les roues, vous êtes souvent moins vigilant, et les obstacles sur la chaussée sont nombreux, que vous ne voyez qu’au dernier moment lorsque vous roulez derrière d’autres cyclistes. Un groupe d’habitués utilise des codes, les premiers préviennent ceux qui suivent, et il faut un minimum d’expérience avant d’intégrer un groupe.

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Progression individualisée

Rouler seul, c’est moins drôle, mais au moins pouvez-vous partir à l’heure que vous souhaitez. Vous pouvez vous échauffer à votre rythme, choisir de changer de parcours au dernier moment, et laisser vagabonder vos pensées. Il faut une bonne dose de motivation pour vous lancer, surtout en cas de mauvais temps, mais certains outils permettent de vous occuper l’esprit. Un compteur par exemple, avec toutes sortes d’indications utiles comme la vitesse, la fréquence cardiaque, la fréquence de pédalage ou la puissance, peut rapidement fixer des objectifs. Rouler seul, c’est être libre de rouler où et comme vous le voulez. Mais c’est aussi pouvoir suivre à la lettre un programme d’entraînement. Car grâce à ces outils, vous pouvez vous référer à des données précises, et travailler ainsi vos points faibles, ou vos points forts. Ce type de sortie, seul mais relié à des données affichées sur un écran, est d’ailleurs en contradiction avec la notion de liberté de rythme ou de parcours. Suivre un plan, c’est vous donner des contraintes, souvent plus sévères que celles que vous acceptez d’un groupe. Mais au moins êtes-vous sûr de ne gêner personne si vous décidez de monter une côte à fond, ou au contraire de lambiner sur la route. Rouler seul, c’est aussi plus sécurisant. Vous pouvez maintenir votre droite et ne pas prendre trop de place sur la route, tout en anticipant tous les obstacles.

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Une autre finalité

A priori donc, rouler seul est plus intéressant du point de vue de la progression. Vous affrontez seul le vent, les côtes, la distance, et vous pouvez suivre précisément le cardiofréquencemètre, dans les zones d’effort ou dans les zones de repos. Mais on ne s’entraîne pas seulement pour améliorer les statistiques. Sauf peut-être pour les débutants qui ont besoin de suivre une progression lente et régulière, ou qui ont besoin de perdre du poids. Pour les autres, la finalité du cyclisme en tant que sport, c’est aussi à un moment ou à un autre la confrontation avec d’autres cyclistes, en compétition, sur une cyclosportive, ou entre copains.

La finalité du cyclisme en tant que sport, c’est aussi à un moment ou à un autre la confrontation avec d’autres cyclistes.

Et cette confrontation, il faut s’y habituer. Car en dehors du fait qu’en roulant en groupe vous profitez des roues, l’effort à fournir est toujours différent de celui que vous fournissez en solitaire. En profitant de l’aspiration, vous économisez entre 20 et 30% d’énergie, comme on l’a vu plus haut. Quand vient le moment du relais à prendre en tête de groupe, vous perdez l’abri et vous vous retrouvez d’un coup face au vent, à une vitesse plus élevée que celle que vous adopteriez en solo. Avec les compagnons de route qui suivent de près. La différence d’intensité est élevée et soudaine. C’est inconfortable et cela provoque un essoufflement prononcé et fait mal aux jambes. C’est la même chose au sein d’un groupe qui accélère, qui monte une côte, ou qui roule avec le vent de côté. Vous passez d’une position confortable à l’abri du vent à une grosse différence d’intensité. Il faut s’accrocher, et c’est particulièrement pénible à supporter si vous ne roulez toujours qu’à votre propre rythme. Mais c’est aussi exactement ce qui se passe en compétition, ou sur une cyclosportive si vous voulez accrocher le bon peloton en haut d’une côte, afin de pouvoir bénéficier ensuite de l’aspiration sur le plat, pour rouler facilement et plus vite que si vous étiez seul.

Ces accélérations successives, ces à-coups violents qui sont subis parce que c’est le mouvement du groupe qui dicte sa loi, font aussi partie de l’entraînement quand on souhaite être performant. Non seulement parce qu’ils vous poussent dans vos retranchements, et qu’ils vous obligent à vous surpasser sur quelques instants, mais aussi tout simplement parce qu’ils font partie du vélo.

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L’alternance

Comment composer alors avec les sorties en groupe ou en solitaire si vous souhaitez progresser ? C’est simple, il faut faire les deux. D’ailleurs, ne dit-on pas que le cyclisme est un sport individuel qui se pratique par équipe ? En privilégiant tout de même les sorties en solo, l’hiver, en période de reprise, ou pour les débutants. C’est idéal pour vous bâtir un foncier, apprendre à gérer un effort et à le calibrer, augmenter progressivement les intensités, et rouler en sécurité. En roulant souvent seul, vous êtes aussi plus consistant dans l’effort, vous pouvez rouler plus longtemps à une vitesse intermédiaire, et relativement économique. On a coutume de dire que ceux qui roulent tout le temps en solitaire sont des cyclistes « diesel », alors que ceux qui ne roulent qu’en groupe sont des « dragsters ». Il faut introduire les sorties de groupe pour commencer à faire du rythme, vous entraîner aux changements d’allure, mais aussi au placement et à l’aspect tactique.

Idéalement, les sorties du dimanche en club sont intéressantes, mais à la condition de rouler seul en semaine.

Idéalement, les sorties du dimanche en club sont intéressantes, mais à la condition de rouler seul en semaine. Ne faire que ces sorties, qui débutent souvent trop doucement et qui finissent souvent trop vite, est improductif et limite fortement la progression. Pour se rendre compte de l’impact des sorties en groupe ou en solo, rien de mieux qu’un cardiofréquencemètre ou un capteur de puissance. Car la chose principale à retenir, et qui doit déterminer le choix de vos sorties, c’est que vous devez être un acteur et non un spectateur de votre pratique, si vous souhaitez progresser ou vous maintenir à un bon niveau.

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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