Les secrets des enfants prodiges

Amis cyclistes ou triathlètes, à quel âge avez-vous commencé à rouler, à nager ou à courir ? Ne vous êtes-vous jamais posé la question de savoir quel aurait été votre niveau si vous aviez commencé à faire du vélo plus jeune ? Plus généralement, les champions d’aujourd’hui étaient-il déjà des champions lorsqu’ils étaient enfants, et cette précocité est-elle un gage de réussite

Par Jeff Tatard – Photos : Pixabay / DR

Lorsqu’on s’intéresse à tous ces cyclistes qui roulent vite et qui gagnent des courses aujourd’hui, on se rend compte que la plupart du temps, ils roulaient déjà vite et ramenaient régulièrement des bouquets à la maison lorsqu’ils étaient enfants. Et s’ils ne pratiquaient pas le cyclisme, alors au minimum, ils suivaient déjà une éducation en relation intime avec l’effort physique.

Aucun champion ou presque n’a découvert le goût de l’effort à l’âge adulte. Le corps s’est systématiquement façonné par diverses activités physiques intensives dans les années de l’enfance et de l’adolescence du sujet. Une « modulation physiologique » par une pratique régulière du sport dès le plus jeune âge. Cela signifie que rouler vite se joue déjà très tôt.

Si les champions d’aujourd’hui ne pratiquaient pas le cyclisme jeunes, alors au minimum, ils suivaient déjà une éducation en relation intime avec l’effort physique.

Et pas forcément que par la pratique du cyclisme. Cela se vérifie à chaque fois : le corps s’est adapté très tôt par des exercices qui ont permis de développer du muscle, de la force, de la coordination, de la souplesse, des qualités proprioceptives et neurotransmitives. Et autant de stimulations qui permettent au corps de devenir fort et résistant. En revanche, l’inverse n’est pas gagné d’avance… Ce n’est pas parce que vous êtes fort en étant enfant que vous serez fort adulte !

Des passerelles entre disciplines

Remco Evenepoel le nouveau prodige du cyclisme mondial jouait encore au foot à haut niveau il n’y a pas si longtemps. Dire que le PSV lui faisait les yeux doux… Pendant que d’autres couraient à pied. Bernard Hinault ou encore Laurent Brochard figuraient par exemple parmi les meilleurs coureurs à pied français dans les jeunes catégories. On en connaît qui étaient même gymnaste ou encore pratiquaient les arts martiaux… On voit aussi assez souvent des scandinaves qui pratiquaient le ski de fond à haut niveau. À son époque Thor Hushovd, le champion cycliste norvégien du début des années 2000, avait un niveau en ski qui aurait très bien pu lui permettre d’embrasser une carrière de skieur tout aussi élogieuse qu’a vélo. De la même façon, ils sont nombreux les cyclistes estoniens à être passés par la case « patinage de vitesse » avant de faire une carrière cycliste. Même le frère du champion néerlandais Theo Bos. Jan Bos doit être l’un des rares athlètes à avoir été médaillé aux JO d’hiver (médaille d’argent du 1000m en 1998 et en 2002) et d’été (vitesse par équipe en 2004).

Le bon dosage

Les parents de sportifs de haut niveau ou encore ceux qui encadrent directement ou indirectement, ont souvent joué un rôle primordial dans la réussite des jeunes prodiges. Et ce qui est sûr, c’est que pour se conduire en accompagnateurs équilibrés, les parents et les encadrants doivent se situer à la bonne distance.

Pour se conduire en accompagnateurs équilibrés, les parents et les encadrants doivent se situer à la bonne distance.

« Accompagner sans surprotéger ni trop exposer » pourrait être la formule magique. Et finalement lorsqu’on s’intéresse à ceux qui réussissent, tout se joue très tôt, et beaucoup en fonction de l’environnement familial. Pour être un champion, il faut prendre du plaisir et être animé d’une envie de réussir et de s’accomplir. Mais l’accompagnement est crucial. C’est souvent le contexte dans lequel grandit l’enfant qui le fabrique. Il faut être pris en main. Une main qui laisse tâtonner l’enfant et le guide en même temps, l’accompagne sans le surprotéger ni trop l’exposer. Des parents le font naturellement. Mais tous n’en sont pas capables, notamment ceux qui considèrent leur progéniture comme un prolongement d’eux-mêmes ou un substitut de celui qu’ils auraient voulu être.

Un environnement pas toujours idéal

La famille offre un ancrage, un soutien, d’autant plus essentiels qu’à partir d’un certain âge, les espoirs du sport de haut niveau sont regroupés dans des institutions comme les sport-études, les pôles, les CREPS ou encore l’Insep, pour les meilleurs. Les adolescents y sont soumis à un mode de vie particulier qui peut avoir des effets néfastes. La plupart du temps, les parents quand ils sont raisonnables continuent d’accompagner à distance leur enfant afin d’éviter qu’il ne souffre du déracinement familial et de la somme des contraintes à laquelle celui-ci est astreint : charge d’entraînement, stricte hygiène de vie, relatif enfermement… Mais certains adultes sont prêts à tout pour voir réussir leur gamin, au point de devenir des parents abusifs ou toxiques, parfois sans en avoir conscience.

Parmi les dérives possibles, le surentraînement du jeune à la maison, lequel peut induire une forme de maltraitance, mais aussi l’instrumentalisation de l’enfant lorsque la famille veut s’approprier sa réussite, pour se valoriser, gagner de l’argent ou compenser ce que l’un des deux parents n’a pu lui-même réaliser, autrement dit le « syndrome de réussite par procuration ». Autre comportement plus insidieux mais non moins violent, l’amour parental peut être conditionné par les succès sportifs de l’enfant. Avec cette injonction, plus ou moins formulée : « Tu dois réussir sinon tu nous déçois. »

Seul le plaisir doit guider la trajectoire.

Et puis, il y a les rencontres, les tentations. Même si nous croyons fort dans les valeurs de l’éducation des parents et le guide qui est offert à l’enfant. Parfois, la vie nous fait perdre des champions qui abandonnent prématurément leur carrière parce qu’ils n’ont pas suivi cette destinée. Ou tout simplement parce qu’ils n’avaient pas envie de cette destinée. Seul le plaisir doit guider la trajectoire. Sinon, on s’exposera inéluctablement à une fuite… Autre motif de décrochage du sportif : les dérapages, les abus d’autorité dans une période d’inquiétude par rapport à la protection des mineurs. Avec l’idée sous-jacente qu’il vaut mieux privilégier les études ou alors se diriger vers un métier plus rémunérateur et moins risqué que celui de sportif. Bref, la suite se construit aussi par la confiance.

La gestion de la défaite

Et en parlant de confiance, Que dire à l’enfant après une défaite ? Il n’existe pas de formation pour devenir parents de champions. Mais ce n’est jamais très bon de ne pas s’entraîner ou de l’entraîner à l’échec suffisamment tôt. Ça aussi il faut l’apprendre quand on est enfant. Trop tard, cela risque de créer des frustrations qui finiront par conduire l’enfant à l’abandon. Certains se demandent comment réagir après une défaite ou que dire à son enfant et de quelle façon quand ils ont peur de mal faire ou de braquer leur enfant. Pourtant c’est sur le progrès accompli qu’il faut faire focus. L’échec est constructif. Il permet de mieux recommencer. C’est lui qui fait progresser. Les parents voudraient que leur enfant ne souffre pas du tout, alors qu’il faut le laisser vivre ses émotions, accepter sa déception et ses pleurs.

Un chemin semé d’embûches

Beaucoup de choses se jouent dans l’enfance. De la même façon que la solidité du bâtiment se construit dans les fondations, si on veut performer, il est crucial d’investir très tôt dans son activité. Néanmoins, tout ne se joue pas que sur le physique. Loin de là. En effet, apprendre à gérer l’échec suffisamment jeune est quelque chose qui permettra très certainement d’aller encore plus loin. Il faut se donner le droit à l’erreur. Il faut aussi apprendre à pondérer les résultats et surtout ne pas surinvestir. Les victoires de l’enfant si elles sont mal gérées compromettent souvent la suite.

Un futur champion cumule talent, précocité, environnement bienveillant, avec sûrement un peu de chance.

Un futur champion cumule talent, précocité, environnement bienveillant, avec sûrement un peu de chance. Et la bonne nouvelle, c’est qu’à ce jeu, nous sommes certains que vous-même qui n’avez découvert le sport que très récemment et qui vous dites que de toute façon, vous ne serez jamais bon, eh bien finalement vous êtes peut-être encore mieux préparé que vous ne le pensiez. Vous êtes même en avance sur ces champions précoces… Parce que vous savez qu’après une nuit aussi sombre soit-elle vous saurez vous relever !

 

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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