Test du Trek Madone SLR 9 Disc

Au summum de la technologie, le Trek Madone SLR 9 Disc est un concentré d’innovations pour apporter à la fois confort et performances. Aérodynamisme, Di2, freins à disque et filtration des vibrations sur mesure en font l’un des vélos les plus désirables du moment. Mais les 12000 € du vélo sont-ils justifiés sur la route ?

Par Guillaume Judas – Photos : @3bikes.fr – DR

Le Madone, c’est l’autre modèle haut de gamme en carbone chez Trek, aux côtés de l’Emonda, plutôt taillé pour la montagne, et du Domane, plutôt destiné aux longues distances (notez l’anagramme pour le nom des trois modèles !). Sixième Opus de la série, ce « nouveau » Madone (en réalité présenté en juillet dernier), va encore plus loin que son prédécesseur dans le domaine de l’aérodynamisme, sans sacrifier ni au poids, ni au confort de l’utilisateur, ni à l’esthétisme (une condition sine qua non pour une réussite commerciale, ne nous le cachons pas).

Il fait partie de ces vélos modernes qui concentrent toutes les dernières technologies, d’abord en termes d’intégration, puis dans le domaine du rendement pur. Sur le Madone, rien ne dépasse ou presque dans cette version d’essai avec des freins à disque, puisque durites de freins et fils électriques pour la transmission sont parfaitement dissimulées. Un plaisir pour les yeux, mais pas mal de complications pour les monteurs ou dès que de la maintenance est nécessaire.

Notons cependant que Trek a le bon goût de ne pas imposer le Madone avec des disques, et qu’une version presque identique du SLR 9 est proposée avec des freins à patins, là aussi joliment dissimulés derrière la fourche et les haubans, pour 310 g et… 1000 € de moins.

Parions également que cette version moins onéreuse est plus performante sur le plan aérodynamique, même si pour nous c’est impossible à vérifier concrètement. Reste qu’à l’instar du Specialized Venge S-Works ou du 3T Strada Pro Disc par exemple, ou à l’inverse du Pinarello Dogma F10 Disk ou du BH G7 Disc 5.5 le freinage à disque est ici parfaitement intégré à la philosophie de la machine. Le fonctionnement ne souffre d’aucun reproche. Seuls quelques bruits de frottements parasites des disques dans les étriers viennent parfois perturber le confort des sorties. On se demande d’ailleurs parfois si les testeurs de 3bikes.fr sont les seuls à le remarquer sur les vélos à disque. Bref, passons !

Un vélo unique

Ce qui rend le Madone unique en son genre, c’est le système IsoSpeed. Déjà utilisé sur l’ancien Madone le long du tube de selle et ayant pour but d’assouplir ou de rigidifier le vélo verticalement, l’Isospeed est cette fois monté également sous le tube longitudinal.

Il s’agit d’un curseur intégré sous le tube qui permet de raidir plus ou moins le cadre selon l’utilisation du vélo, le terrain, ou encore le poids du coureur. Par rapport au Madone de cinquième génération, la plage de réglage ici atteinte permet de gagner jusqu’à 17% de souplesse ou jusqu’à 21% de rigidité. L’avantage ? Plus de confort le cas échéant bien sûr, mais surtout plus de stabilité, une meilleure tenue de route, sans sacrifier à la réactivité latérale. Car pour en rester aux chiffres, le Madone offre également une réduction de 13% des différents rebonds et vibrations selon les ingénieurs maison, par rapport à la précédente génération et grâce à un système d’élastomère.

Et tout cela sans grever inutilement le poids, puisque le cadre en version disque est annoncé à 870 g. Même si dans les faits le vélo complet est loin d’être léger comme nous le verrons plus loin, ces caractéristiques sont favorables au rendement et au plaisir. Le Madone SLR 9 est conçu à partir de fibres de carbone OCLV 700, le plus haut niveau chez la marque américaine, dont la rigidité intrinsèque permet de concevoir des tubes particulièrement légers.

Une nouvelle géométrie

Proposé en sept tailles (du 50 eu 62), le Madone bénéficie d’une nouvelle géométrie nommée H1.5, et plus ou moins intermédiaire entre les fameuses H1 et H2 jusqu’alors proposées, c’est-à-dire soit résolument sportive, soit résolument typée confort.

La H1.5 propose une sorte de compromis au niveau de la longueur du tube supérieur et de la hauteur de la douille de direction, qui peuvent être pondérées par toutes les options de longueurs et d’angles de potence (90 à 130 mm, -7 ou -14°), de largeur de cintre (38 à 44 cm), et par les possibilités d’orientation de plus ou moins 5°, pour ce faux guidon monobloc. Un système Aero Bar Stem qui offre ainsi 40 combinaisons de réglage sur sept tailles de cadre, quand le précédent système du Madone 5 n’en proposait que 26. Là encore, on apprécie l’intégration des câbles à l’intérieur de ce guidon pour l’aérodynamisme, mais aussi son esthétisme et sa prise en main.

-> VOIR AUSSI : Cintres et potences, comment choisir ?

Plus en arrière, on remarque que le mât de selle qui était jusqu’alors la marque de fabrique de Trek est abandonné au profit d’une tige de selle un peu plus classique, avec un système qui permet de fixer un feu de position Bontrager Flare R en arrière du chariot de selle. Le Madone de sixième génération, c’est aussi un système de fixation Flat Mount pour les étriers, des axes traversants de 12 mm (ici avec un levier et non une fixation par clé), un boîtier de pédalier en BB90, et, dernier détail, un plot anti saut de chaîne intégré au cadre positionné en bas du tube de selle.

 

 

 

 

 

 

 


Équipement de haut vol

Ce Madone SLR 9 Disc n’est pas donné, mais il n’y a évidemment rien à jeter du côté de l’équipement, avec un groupe complet Shimano Dura-Ace Di2 Disc au fonctionnement irréprochable (excepté le bruit des disques), des roues Bontrager Aeolus XXX 6 aérodynamiques et rigides, des pneus Bontrager R4 en 320 TPI à l’excellent rendement mais un peu fragiles sous les conditions hivernales (puisque nous avons crevé trois fois au cours de nos sorties de test), une selle Bontrager Montrose Pro avec des rails en carbone, et même un ruban de cintre de la même marque de superbe facture.

Allez, puisqu’il faut bien un petit bémol, notons la combinaison de plateaux de 50-34, pas vraiment à sa place sur un tel vélo destiné à rouler vite. Le Madone SLR 9 est bien sûr éligible au programme Project One qui permet de personnaliser certains éléments et surtout la peinture. Couleurs ou logos, tout est possible ou presque, même avec l’option métallisée ICON, magnifique mais qui rajoute 1 500 € à la facture. Le SLR 9 Disc est aussi proposé de série avec trois autres coloris au même prix, et avec un quatrième noir mat et rouge 600 € moins cher. Si le kit cadre s’échange contre 4 499 €, la gamme Madone SLR débute à 5 999 € avec un modèle en Shimano Ultegra et roues Bontrager Aeolus Comp.

Un vélo facile

En dépit d’un poids conséquent compte tenu du prix du vélo – car il faut compter 8 kg pour le vélo complet avec pédales, deux porte-bidons et un compteur – le Madone SLR 9 ne semble pas lourd à l’usage, aussi bien lors des franches relances que pour gravir une bosse avec le petit plateau. Dans une montée courte en danseuse à 15 km/h ou pour lancer un sprint à partir d’une vitesse élevée de 45 km/h, le vélo semble s’adapter à l’humeur de son utilisateur. Presque reptilien dans son comportement à basse vitesse avec l’Isospeed réglé plutôt doux, il change de visage quand la vitesse s’élève en démontrant toute sa rigidité latérale.

Il fait preuve de stabilité et semble survoler la route.

En roulant fort au train, pas de surprise : il fait preuve de stabilité et semble survoler la route. La seule habitude à prendre concerne la maniabilité de la direction, extrêmement fluide et qui semble légère au point d’obliger à éviter les gestes brusques dans un premier temps. Heureusement, les roues Aeolus XXX 6 sont hautes mais relativement bien conçues pour éviter une prise au vent trop importante.

Le Madone SLR réclame de l’attention, mais il est en même temps facile à piloter, et à placer dans la trajectoire voulue. Le confort se montre étonnant, d’abord pour une question de position, ensuite grâce aux qualités du châssis dans le domaine. Pour le positionnement, il faut tout de même pouvoir s’adapter à la forme du guidon qui est relativement profond au niveau des poignées de frein, et à l’arête sur la partie supérieure. À l’usage, celui-ci s’avère toutefois rapidement agréable pour la plupart des utilisateurs. Ce qui frappe en roulant, c’est l’impression que le vélo reste en contact permanent avec le bitume malgré les irrégularités, et que cette caractéristique apporte motricité et efficacité, tout en dissipant grandement les vibrations.

Et comme le Madone SLR est parfaitement réalisé, avec des roues idéalement alignées (ne rigolez pas, ce n’est pas toujours le cas) et des roulements superbement fluides, il semble profiter d’une inertie positive une fois lancé qui se révèle pour le moins grisante. Le léger bruit de résonnance des gros tubes et des roues participe encore plus à cet impression de chevaucher une vraie bête de course.

Quant au réglage de l’Isospeed, soyons honnêtes et précisons que la différence n’est pas flagrante quant on se contente de déplacer le curseur de quelques millimètres. Le réglage n’est pas facile à effectuer sur la route, car on parle ici d’une cale à déplacer entre le cadre et la réglette qui nécessite deux clés de taille différente. Il y a fort à parier que l’utilisateur très sportif se mettra d’emblée au plus rigide, alors que le cyclosportif choisira le plus souple, et qu’enfin celui qui ne voudra pas se faire de noeuds au cerveau se mettra au milieu. Le vélo se comportera quand même très bien ! Car si on pousse le concept à son maximum, on se demandera comment régler le curseur à l’avance si on ne connait pas précisément le parcours…

Mais évidemment, qui peut le plus peut le moins. Le Trek Madone SLR 9 est un vélo moderne voire précurseur dans bien des domaines. Plus qu’un assemblage d’un cadre et de composants, Trek propose un vélo pensé dans son ensemble pour la performance certes, mais aussi pour le plaisir. Parfaitement fini, rapide, confortable, et rassurant, le Madone SLR 9 marque bien sûr une nette différence dans presque tous les domaines avec la plupart des vélos croisés sur la route.

Quant à savoir si le prix de 12 000 € est justifié dans l’absolu, il suffit de le comparer à d’autres vélos du marché avec le même niveau d’équipement. La différence de prix entre du « très haut de gamme » et du « haut de gamme » est souvent plus élevée que la réelle différence sur le terrain.

-> VOIR AUSSI : Une autre version du Trek Madone SLR à un prix moins élevé

TREK MADONE SLR 9 DISC
NOTE : ***** 

LES + : finition, rendement sur tous les terrains, confort

LES – : poids, fragilité des pneumatiques

CADRE : Madone monocoque carbone OCLV Série 700
FOURCHE : Madone KVF Disc
ROUES : Bontrager Aeolus XXX 6 Tubeless Ready
PNEUMATIQUES : Bontrager R4 320 TPI (700×25)
PÉDALIER : Shimano Dura-Ace 50-34
DÉRAILLEURS : Shimano Dura-Ace Di2
FREINS : Shimano Dura-Ace Di2 hydrauliques, axe traversant, disques de 160 mm
LEVIERS : Shimano Dura-Ace Di2 hydrauliques
CASSETTE : Shimano Dura-Ace 11-28
POSTE DE PILOTAGE : Madone VC-RF réglable
TIGE DE SELLE : Madone
SELLE : Bontrager Montrose Pro
NOMBRE DE TAILLES : 7
POIDS : 7,6 kg en taille 54 sans pédales

PRIX : 12 099 € (11 499 € en noir mat/rouge)

CONTACT : www.trekbikes.com

-> VOIR AUSSI : Tous nos tests Matos

 

Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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