Cintre et potence, comment choisir ?

Il y a encore à peine plus de 20 ans, les cyclistes les plus assidus roulaient avec des cadres sur mesure, auxquels on ajoutait des accessoires de référence, comme un cintre et une potence aux cotes relativement classiques pour l’époque. La donne a changé aujourd’hui avec la plupart du temps des vélos de série. Et pourtant le choix et les réglages du poste de pilotage restent essentiels pour le confort et le rendement. Voyons pourquoi et comment.

Par Guillaume Judas – Photos : @3bikes.fr

La plupart d’entre nous devons aujourd’hui bien nous positionner avec des cadres de série, ou pire, avec des vélos vendus complets sans possibilité à l’achat de modifier les composants de position. Une hérésie ! Comme si nous étions tous pareils, ou simplement issus d’études statistiques… Le poste de pilotage d’un vélo ne sert pas seulement à se diriger. C’est aussi un point d’appui, dont dépendent confort et rendement.

Un mauvais réglage du cintre et de la potence peut occasionner tensions et douleurs, prise au vent excessive ou mauvaise répartition des masses. En dehors de la nécessité de personnaliser un minimum ces deux composants au niveau des réglages en hauteur, longueur et inclinaison, il faut déjà savoir comment les choisir.

Potence : longueur et angle

La hauteur du poste de pilotage par rapport au sol dépend déjà du positionnement de la potence au dessus de la douille de direction. S’il est relativement facile de modifier la longueur d’une potence (qu’on peut trouver la plupart du temps dans les longueurs de 70 à 140 mm), son placement en hauteur peut être limité par la taille de la douille de direction du vélo. Si celle-ci est trop basse, il faut mettre des bagues (parfois trop) de rehausse entre le sommet de la direction et la potence. Si elle est trop haute, vous risquez de ne pas pouvoir baisser suffisamment le guidon. La taille de la douille doit donc être un des premiers critères du choix de la taille du vélo. Il existe cependant différents angles de potence, ce qui permet le cas échéant d’ajuster la hauteur du poste de pilotage. Vous pouvez en trouver à 0° (ou 90, c’est pareil), 6° (ou 84), 7° (ou 83), 8° (ou 82), 10° (ou 80), ou 17° (ou 73) voire exceptionnellement au dessus. Certaines potences sont réversibles, ce qui permet d’obtenir un angle inverse.

À quoi cela correspond-il ? Il faut déjà tenir compte de l’angle de la direction du vélo (compris entre 70 et 74°, mais le plus souvent entre 72 et 73°), ce qui signifie qu’une potence à 0° est perpendiculaire à la douille de direction, et donc montante. Une potence à -17° est quant à elle quasiment horizontale avec le sol. Si vous souhaitez changer l’angle de la potence, vous pouvez calculer la différence de hauteur induite, en multipliant le cosinus de l’angle par la longueur des deux potences.

Si on prend pour exemple une potence de 100 mm, un angle de -6° abaisse la position de 10,45 mm par rapport à un angle de 0°, une potence à -10° de 17,36 mm, et une -17° de 29,23 mm. Inutile de trop vous inquiéter du diamètre en revanche, aussi bien pour le pivot de fourche que pour le cintre, car c’est aujourd’hui standardisé, sauf si votre matériel est trop ancien.

Cintre : largeur, hauteur et portée

Ce premier réglage établi indique la position de la fixation de la potence avec le cintre. Mais il existe ensuite des dizaines et des dizaines de cintres aux formes et aux cotes plus ou moins différentes. La largeur du cintre, axe/axe ou en mesurant à l’extérieur du tube, est la plus facile à établir. L’idéal est de la choisir en rapport avec la largeur de vos épaules. Un cintre plus étroit referme un peu votre cage thoracique, mais a l’avantage de vous offrir une position plus aérodynamique.

Avec un cintre plus large, vous avez plus de bras de levier quand vous vous mettez en danseuse. Pour corser le tout, de nombreux modèles sont légèrement évasés vers le bas, et donc sont un peu plus étroits au niveau du serrage des poignées de frein qu’en bas du cintre.

Ils peuvent éventuellement être évasés sur le haut, de manière à offrir une position des poignets plus naturelle quand vous grimpez avec les mains en haut. La hauteur (ou drop, en langage vélo), c’est la distance entre le point le plus haut du cintre et la partie la plus basse, et à la condition que celle-ci soit parallèle au sol. Si vous donnez un angle à votre cintre vers l’avant, vous augmentez virtuellement sa hauteur, et donc vous abaissez la position de vos mains.

La portée (ou reach), c’est la distance entre le point le plus reculé du cintre, et le point le plus avancé.

Elle influe sur le positionnement des poignées de frein et aussi sur la prise du cintre avec les mains en bas. Un cintre dit compact que l’on retrouve beaucoup sur les vélos aujourd’hui a des dimensions autour de 125 mm en hauteur et 80 mm en portée, mais il est évidemment possible de trouver des modèles avec plus ou moins de différence entre les parties haute et basse, ou plus ou moins profonds. Et cela peut rapidement modifier votre position sur le vélo de plus ou moins un centimètre, voire plus encore.

Affiner la position

Si vous ressentez un quelconque inconfort ou la moindre difficulté à passer d’une position avec les mains en haut (la seule qui soit fixe, une fois la longueur et l’angle de la potence déterminés, ainsi que son placement par rapport à la douille de direction du cadre), à une prise avec les mains aux poignées ou avec les mains en bas, il vous faut donc soigner non seulement les dimensions du cintre mais aussi son orientation. La position des leviers est aussi essentielle, surtout qu’avec les changements de vitesse intégrés, la tendance est aujourd’hui au pilotage avec les mains sur les cocottes.

Si vos poignées plongent vers l’avant, vous pouvez ressentir des tensions dans les bras, les épaules ou les cervicales.

Si vos poignées plongent vers l’avant, vous pouvez ressentir des tensions dans les bras, les épaules ou les cervicales. Il est ainsi plus judicieux de les remonter pour qu’elles soient au minimum dans le prolongement de la partie haute du cintre.

Pour obtenir la bonne orientation, la plupart des pratiquants sont simplement tentés d’orienter le bas du cintre vers l’avant, pour rapprocher les poignées. Avec les conséquences qu’on imagine à la lecture du paragraphe précédent. Une erreur qui conduit la plupart du temps à ne jamais se servir de la position mains en bas. Il est d’ailleurs regrettable que même sur des vélos de série on observe un mauvais montage au départ. Heureusement, il suffit souvent d’un peu de patience et d’un démontage du ruban de cintre pour parfaire ce réglage.

Aéro

Face au vent, l’ennemi c’est le tube rond. Un cintre « classique » est fait de tubes ronds, mais depuis quelques années les fabricants proposent des cintres aux formes effilées sur la partie haute. En plus d’une prise en main qui peut être confortable parce que les paumes reposent bien à plat, c’est quelques watts qui sont économisés. Jusqu’à 6 watts à 45 km/h pour un poste de pilotage aéro et épuré par rapport à un cintre rond avec les gaines à l’extérieur. Pas négligeable.

Les matériaux

Pour un poste de pilotage, c’est alu ou carbone, voire alu recouvert de carbone (sans grand intérêt). L’alu c’est plus lourd, mais très rigide et beaucoup moins onéreux. Gagner du poids sur ce poste avec du carbone n’est pas forcément judicieux, car les cintres légers manquent souvent de rigidité. En revanche, le carbone autorise des formes bien plus complexes que l’aluminium. Le but étant ici de gagner en aérodynamisme, en confort et en ergonomie.

Les guidons monoblocs

Restent enfin les guidons monoblocs, avec la potence et le cintre moulés ensemble. Rigides, aérodynamiques et esthétiques, ils interdisent par essence l’orientation personnalisée du bas du cintre. Et la position finale dépendra non seulement des mensurations du guidon, mais aussi de l’angle de la douille de direction du cadre.

Une astuce pour régler les poignées de freins

Si vous vous demandez comment régler à la même hauteur vos deux poignées de freins, posez simplement votre vélo au sol, sur la fourche et sans la roue avant. Facile ensuite de mesurer la distance précise entre le sol et les extrémités de chaque levier.

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Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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