Entretien avec Bryan Coquard

Après une première saison alternant hauts et bas sous le maillot de l’équipe Vital Concept – BB Hôtels (3 victoires), Bryan Coquard a retrouvé la piste cet hiver, en vue de préparer au mieux sa saison 2019. Un retour aux fondamentaux pour le sprinteur de 26 ans et un besoin de diversifier sa pratique, pour mieux performer. Piste, VTT…« Le Coq » cultive la nécessité de s’amuser en multipliant les activités tout au long de l’année, et aborde l’année 2019 en toute sérénité.

Propos Recueillis par Sébastien Jacquet – Photos : @Vital Concept

3Bikes.fr : Vous avez remis la piste à votre programme 2019 et semblez vouloir cultiver une forme de multi-activités…Etait-ce un réel besoin pour vous ?

Bryan Coquard : Oui, je me suis rendu compte que c’était un besoin mental et physique. Déjà pour varier, changer d’activité, mais surtout pour revenir sur la piste qui est un petit peu mon amour de jeunesse. J’ai été bon directement sur la piste avant de performer sur la route. Ce sont vraiment des sensations différentes de celles que je peux ressentir sur la route, et c’est surtout une discipline que je pratique beaucoup plus détendu. Sur la route, il y a des demandes de résultats et la pression, normale, qui va avec. Alors que sur la piste, je le fais vraiment pour moi. C’est vraiment une discipline sur laquelle je m’éclate totalement.

3B : Lorsqu’on regarde votre parcours, vos meilleures saisons sont d’ailleurs celles qui ont suivi un hiver sur piste (2013, 2016), et vous avez marché d’entrée. Avez-vous fait ce constat également avec votre entraîneur ?

B.C : C’est tout à fait ça. En faisant le point sur mes six premières années professionnelles, on s’est rendu compte que, tant physiquement que psychologiquement, la piste m’apportait beaucoup. Psychologiquement, parce qu’elle me permet de me détacher un peu sur le vélo et de me faire vraiment plaisir, simplement, sans penser au résultat. Et sur le côté physique ou physiologique, parce que ce sont des efforts à très, très haute intensité, qui me permettent de travailler mes qualités premières, notamment l’explosivité.

3B : Le but est donc de revenir à des bases ?

B.C : Oui, c’est ça. C’est bête à dire, mais même si je vieillis, je suis toujours un peu un gamin sur mon vélo. Il faut vraiment que je m’amuse. Et là, j’y trouve des très, très hautes intensités en m’amusant. Ce n’est pas du tout une contrainte de faire ces efforts-là, donc c’est gagnant-gagnant.

3B : Avez-vous eu l’impression de régresser depuis deux ans ?

B.C : Oui… Enfin, ce qui est sûr, de ne plus trop progresser. Ou moins rapidement que ce que j’ai pu faire sur mes premières années en passant pro. J’ai toujours évolué un peu d’années en années. Là, j’arrive à un palier. Alors on s’est posés, on a réfléchit à ce que j’avais fait auparavant pour voir ce qui avait cloché, ce qui manquait. C’est clairement la piste qui est revenue assez rapidement et naturellement.

« Je prends vraiment le vélo comme un jeu, j’ai toujours fonctionné comme ça. »

3B : La concurrence n’est-elle pas également plus relevée aujourd’hui ?

B.C : C’est possible. Le niveau est de plus en dense d’années en années. Après, je ne fais pas trop attention. Je pense surtout à moi, à être le plus performant possible.

3B : Vous ressentez ce besoin de diversifier la pratique pour conserver une certaine fraîcheur mentale… Le vélo doit-il rester un jeu pour vous ?

B.C : Je prends vraiment le vélo comme un jeu, j’ai toujours fonctionné comme ça. Il m’arrive de faire de la piste mais aussi du VTT, du cyclo cross. Je fais beaucoup de VTT dans la saison. Ça me permet de changer et de souffler psychologiquement. On est sur un autre support, dans un autre environnement, vraiment à la cool. C’est facile, c’est une journée plaisir, ça diversifie et casse une forme de routine. Je pense que dans une saison, il est très important d’avoir des petits moments comme ceux-là. On fait quand même du vélo, mais de façon plus ludique. Je m’éclate dans les sous-bois dans la boue quand il pleut… Alors que sur la route, c’est tout de suite moins sympa.

« J’aime ce rapport avec les plus jeunes, jouer avec eux sur la piste. Echanger, discuter, et leur apprendre deux, trois petites combines. »

3B : Roulez-vous toujours aussi sur la piste avec les jeunes de votre club formateur ?

B.C : C’est un peu aléatoire en fonction des déplacements dans la saison, mais dès que je suis là, le mardi soir, je vais à la piste avec les jeunes de l’US Ponchâteau. J’aime ce rapport avec les plus jeunes, jouer avec eux sur la piste. Echanger, discuter, et leur apprendre deux, trois petites combines. C’est surtout de partager ce moment avec eux. Et ça me fait une petite séance d’entraînement. Du bi-quotidien facile, tout en prenant du plaisir. Je suis un peu déçu lorsque ça ne passe pas dans le planning d’entraînement. Si je dois faire par exemple absolument une grande sortie le mardi, ce n’est pas possible de combiner avec la piste le soir.

3B : La piste, le VTT… C’est une manière de travailler aussi votre agilité ?

B.C : Je pense que ça y contribue. Je suis plutôt à l’aise sur le vélo, surtout en VTT. J’aime bien faire des descentes à fond ou des passages techniques un peu soutenus. C’est aussi là-dedans que je m’éclate sur un vélo.

3B : Sur votre compte Instagram, on peut voir une photo de vous dans le Molenberg en roue arrière lors d’une reconnaissance du Het Nieuwsblad l’an dernier… Vous aimez ce rôle d’ambianceur dans un groupe, avec vos collègues ? 

B.C : Oui j’ai ce côté joueur sur mon vélo. Ça me fait rire, je m’éclate. Je fais des trucs un peu drôles, il y en a que ça amuse. Parfois, ils me prennent un peu pour un fou comme dans les descentes lors de stages. C’est bête à dire mais il y a aussi un côté clown, pour faire rigoler tout le monde et travailler dans la bonne humeur. J’ai toujours essayé d’entretenir ça. M’amuser avec mon vélo. Je pense que c’est ça la clé.


« La piste est le meilleur moyen que je sois vraiment épanoui. »

3B : Avec cette agilité et ce goût pour le technique, pensez-vous aux classiques pavés ?

B.C : C’est quelque chose que j’apprécie, je suis vraiment à l’aise. Les classiques, c’est très technique, toute la journée. Il faut savoir sauter, très bien piloter le vélo, et savoir être agile et à l’aise sur les pavés. J’aime beaucoup ce côté-là. Après il y a l’aspect physique. Avec mes 60 kg tout mouillé, c’est un peu compliqué. En tout cas, sur les pavés tout plats où je manque un peu de puissance et de physique, que j’essaie de compenser par mon agilité et mon placement. Je ne sais pas encore, je participerai certainement à Paris-Roubaix une fois dans ma carrière, mais c’est sûr que je suis plus attiré par le Tour des Flandres ou le GP E3, qui correspondent plus à mes qualités et à mon rapport poids-puissance.

3B : Quelle est la prochaine échéance sur piste pour vous ?

B.C : Je fais la compétition Classe UCI 1 à Gand le week-end de la Marseillaise pour finaliser mon nombre de points et pouvoir participer aux championnats du monde piste. Pour préparer tranquillement et sereinement tout ça, je vais les 7, 8, 9 janvier à Bourges faire un mini stage de trois jours pour travailler le coup de pédale et les intensités de la piste.

3B : Du coup, vous n’avez pas sorti le vélo de cyclo-cross cet hiver…

B.C : Non, le cyclo-cross ne rentrait pas dans mes plans cette année. Comme j’ai prolongé la saison sur route avec de la piste, manche de Coupe du monde au Canada puis d’Anadia au Portugal, il a fallu couper. Mais j’aime bien ça, ça me fait vraiment rire. J’ai dû en faire trois, quatre, l’an dernier. Le cross est très drôle. On rigole, c’est technique… Mais attention, car si on n’y est pas un minimum physiquement, la partie de plaisir tourne court. Il faut avoir repris et rouler un peu avant de s’aligner à un départ. Si je ne me sens pas prêt, je préfère une petite randonnée VTT le matin. C’est beaucoup moins physique et exigeant.

3B : Pas l’envie d’être ridicule aussi ?

B.C : C’est tout à fait ça. Pour ne pas être trop ridicule… Je suis compétiteur et quand je prends le départ d’une course, c’est pour gagner. Déjà que je n’aime pas trop perdre (rires). Ça limite aussi le danger et les chutes, parce que même lorsqu’on est technique et habile, en prenant un petit peu des risques, un peu d’angle dans les virages… Si on n’est moins lucide, on part vite à la faute. 

3B : Où reprendrez-vous la saison 2019 sur route ?

B.C : À L’Etoile de Bessèges.

3B : Du coup, le mondial sur piste vient s’intégrer dans votre calendrier sur route ?

B.C : C’est compris dans mon programme, on l’a inclut au mieux avec l’équipe. C’est calé entre Oman et Paris – Nice. On va essayer de faire aussi la meilleure préparation possible. Même si c’est pour mon petit plaisir à moi et que la route reste prioritaire. C’est sûr que j’aimerais y bien marcher.

3B : L’équipe a-t-elle été réceptive à l’idée de votre retour sur la piste ?

B.C : Oui, tout à fait. Pour que je performe, il faut que je sois bien dans mes baskets. Et je pense que la piste est le meilleur moyen que je sois vraiment épanoui. C’est une année différente de l’an passé et je l’aborde très sereinement.


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Sébastien Jacquet

Sébastien Jacquet

- 34 ans. - Journaliste professionnel depuis 2008 en presse écrite sportive (Collaborateur à Vélo Magazine - L'Equipe) - Pratiques sportives actuelles : cyclisme (occasionnelles : football, course à pied) - Strava : Sébastien Jacquet

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