Test du capteur de puissance Shimano RC-9100-P

Une intégration réussie sur le pédalier, une installation et une utilisation simplifiées, et une fiabilité qui semble à la hauteur de la réputation Shimano caractérisent le capteur de puissance Shimano RC-9100-P. Après plusieurs mois d’essais intensifs et 10 000 km, il s’est révélé d’une aide efficace à l’entrainement.

Par Guillaume Judas : Photos : Irmo Keizer/3bikes.fr

Le pédalier capteur de puissance RC-9100-P est un modèle Shimano Dura-Ace de dernière génération où sont intégrés deux petits boîtiers, placés sur la manivelle gauche et entre deux branches du pédalier à droite, ainsi qu’une batterie à l’intérieur de l’axe. Seul un œil exercé peut le distinguer d’un pédalier plus classique, vu de l’extérieur.

En termes de fonctionnement de la transmission, il n’y a aucune différence avec n’importe quel pédalier de la gamme Shimano, quel que soit le groupe, en mécanique ou en Di2. La technologie embarquée ne rajoute que 65 g (poids vérifié pour un pédalier en 53-39) au même ensemble manivelles/plateaux sans le capteur.

Le capteur de puissance est compatible avec les compteurs qui utilisent le protocole de communication ANT+, et Shimano annonce une précision de + ou – 2%. Il est ainsi possible de lire les données du capteur affichées sur le compteur en roulant, et/ou de les décrypter après la sortie sur un logiciel spécifique, ou tout simplement sur Garmin Connect ou Strava.

Le prix enfin est plutôt dans la moyenne haute, à 1499 € (sans plateaux), mais il faut tenir compte du prix déjà élevé du pédalier Dura-Ace nu, à près de 600 €.

Avec à la fois une technologie qui s’améliore au niveau de la miniaturisation et de la fiabilité et une réputation de la marque qui n’est plus à faire au niveau de son SAV (sans compter les technologies maitrisées comme le Di2 ou le STEPS), le capteur de puissance Shimano semble d’emblée une valeur sûre.

Montage et maintenance

Alors que d’autres marques utilisent un accéléromètre pour calculer la cadence de pédalage (indispensable à la mesure de la puissance), Shimano fait le choix de conserver un aimant collé sur la base arrière droite. C’est moins esthétique, mais plus fiable dans la mesure, notamment sur les routes à mauvais revêtement. Pour le placement de l’aimant par rapport à la face intérieure du petit boîtier de commande sur le pédalier, une pige est fournie.

Le pédalier se monte comme n’importe quel modèle Shimano sur un boîtier de pédalier prévu à cet effet, sauf qu’il est nécessaire de connecter un fil, de la manivelle gauche à la fiche présente à l’intérieur de l’axe, pour relier les deux manivelles. Si un peu d’attention est nécessaire au moment de relier l’ensemble, le montage est rapide et ne nécessite pas d’outillage particulier.

Le RC-9100-P est fourni sans plateaux, mais les manivelles à quatre branches Shimano disposent d’un entraxe qui permet de monter aussi bien du 53-39 que du 52-36 ou du 50-34. Le capteur de puissance ne nécessite aucune calibration spécifique lors d’un changement de plateau, puisque la mesure des contraintes s’effectue sur les manivelles.

Sur le boîtier à droite, on trouve un petit bouton et un Led, qui servent à vérifier l’état de la batterie, à réinitialiser le système ou à établir la connexion en Bluetooth avec un Smartphone vers l’application e-Tube, afin de connaître le niveau de charge de la batterie (située à l’intérieur de l’axe de pédalier et donnée pour 300 h de fonctionnement), à vérifier la calibration ou à détecter des problèmes de fonctionnement. Une connexion à l’application parfois aléatoire avec un iPhone X, comme nous l’avions déjà constaté pour accéder à la personnalisation du Di2. Dommage, car l’application est tellement facile d’accès sur un PC.

La recharge de la batterie du capteur s’effectue en soulevant le capot du boîtier et en insérant une fiche reliée au secteur. Il faut compter environ 2h30 pour une recharge complète. Et quant aux 300 heures d’autonomie promises, elles laissent beaucoup de marge comme nous avons pu nous en rendre compte à l’usage. Dans la réalité, deux voire trois recharges seulement seront nécessaires par saison pour un utilisateur assidu.

Liaison avec le compteur

Le RC-9100-P est compatible avec tous les compteurs utilisant les protocoles de communication ANT +, mais pas avec ceux qui communiquent en Bluetooth Smart. Idem pour les home-trainer. Curieux quand on sait que le capteur est censé communiquer avec un téléphone ou une tablette en Bluetooth.

Deux tours de manivelle en arrière suffisent pour réveiller le capteur. Il reste ensuite à suivre la procédure indiquée sur le compteur pour appairer les deux appareils. Par la suite, le compteur reconnaît automatiquement le capteur dès les premiers coups de pédale. Même si le RC-9100-P dispose d’un système interne de compensation de la température pour conserver sa précision quelles que soient les conditions rencontrées au cours de la sortie, il est conseillé de procéder à un étalonnage du point 0 avant chaque sortie, comme avec n’importe quel capteur de puissance. La procédure d’étalonnage est simple sur un compteur Garmin et ne prend que quelques secondes, en prenant seulement le soin de placer la manivelle droite vers le bas, à l’arrêt et sans les pieds sur les pédales. Lors de l’étalonnage, le compteur doit indiquer une valeur de 5050, ce qui confirme avant la sortie que tout est en place pour une bonne mesure.

Une fois sur la route, les informations indiquées par le compteur dépendent de ses fonctions et du paramétrage choisi pour les pages d’affichage. Vous pouvez, comme avec tout capteur de puissance voir la puissance instantanée ou lissée sur 3, 10 ou 30 secondes, la puissance moyenne, maximale, normalisée, la charge de travail de la sortie, la puissance développée sur les circuits intermédiaires, etc. La différence la plus nette du Shimano avec la plupart des capteurs du marché concerne la répartition de la puissance entre les jambes gauche et droite, qui est ici réellement mesurée. Le RC-9100-P dispose de deux capteurs indépendants, quand certains appareils mesurent la puissance dans l’axe (et donc sans la possibilité de déterminer s’il y a un déséquilibre de puissance), seulement sur la manivelle gauche (idem, et en multipliant simplement par deux la valeur de la jambe gauche) ou au niveau de l’étoile du pédalier, en considérant que la déformation de la première partie de l’étoile correspond à l’effort fourni avec la jambe droite, et que celle de la deuxième partie correspond à l’effort de la jambe gauche.

La différence la plus nette du Shimano avec la plupart des capteurs du marché concerne la répartition de la puissance entre les jambes gauche et droite

Comme nous disposons d’un autre capteur de puissance sur un autre vélo qui utilise ce dernier type de calcul, nous avons pu nous rendre compte que le Shimano montre des résultats sensiblement différents, avec une répartition légèrement moins avantageuse sans savoir si celle-ci est plus proche de la réalité ou non. Un rapide test en ne pédalant alternativement qu’avec une seule jambe montre qu’on n’arrive jamais à une répartition 0/100 %, avec toujours 3 ou 4 watts résiduels émanant de la manivelle sans charge. Possible que le simple mouvement de la pédale dans le vide en soit le responsable, ou que la répartition différente du couple tout au long du cycle de pédalage d’une jambe à l’autre perturbe un peu les valeurs. Cependant, il est ensuite relativement facile de tenter de corriger la puissance appliquée sur une jambe ou l’autre, mais à la condition de paramétrer correctement le compteur, avec un affichage instantanée de la répartition.

Parmi les autres fonctions du capteur de puissance Shimano, il peut également fournir les informations liées à l’efficacité du coup de pédale ainsi que sa fluidité. Des données sur lesquelles il n’est pas évident d’agir, mais qui permettent en fonction du type d’effort et du terrain de connaître par exemple la cadence de pédalage la plus efficace.

La sensibilité

Shimano revendique une précision de +/- 2 % pour son capteur de puissance. Concrètement, cela signifie que pour une puissance réelle fournie de 300 watts, la mesure peut fluctuer entre 294 et 306 watts. Et c’est bien sûr la même chose avec tous les capteurs de puissance du marché (dont certains revendiquent une précision qui peut aller de 1 à 3%). C’est sans incidence ou presque sur des efforts longs, puisque les petites imprécisions s’équilibrent, et même peu important sur des efforts violents de 30 secondes où il est de toute façon extrêmement difficile de se caler à 5 watts près. Reste qu’en comparant le Shimano à d’autres capteurs de puissance que nous avons pu tester et à celui que nous utilisons régulièrement, toutes les valeurs sont cohérentes et en rapport avec notre condition physique, sauf sur les valeurs moyennes d’une sortie.

En effet, l’ensemble formé du capteur Shimano et d’un compteur Garmin semble oublier de comptabiliser des efforts très brefs, comme par exemple une courte relance ou certaines variations de puissance dans les roues d’un groupe. Pour un même type de parcours effectué dans des conditions similaires, la puissance moyenne est donc légèrement sous-évaluée.

C’est sans incidence au niveau de l’entrainement proprement dit, car nous avons eu l’occasion de faire deux efforts du même type en moyenne montagne, avec deux vélos et deux capteurs différents dont le Shimano. Sur 20 minutes à l’allure « seuil », nous n’avons trouvé qu’un seul watt d’écart entre les deux capteurs, à un seul jour d’intervalle. Toute autre comparaison avec un autre capteur de puissance et qui se réclame plus précise nous paraît biaisée, pour les raisons évoquées plus haut. Juger au watt près de la précision d’un capteur en le comparant au même moment à un autre capteur lui-même imprécis à 1 ou 2 % n’est pas plus sérieux. Surtout que sur le terrain, personne ne peut se caler à un ou deux watts près lors d’un effort destiné à travailler une intensité d’entrainement. Ce qui compte, c’est la répétabilité des mesures d’un jour à l’autre, mais au milieu d’une fourchette d’imprécision « acceptable », principalement due aux fluctuations du terrain et à la concentration relative de l’athlète.

Les valeurs indiquées lors d’un effort avec le capteur de puissance Shimano peuvent être fluctuantes pendant des efforts soutenus et stables. Mais ceci est parfaitement normal car d’une part cela correspond à la réalité de la différence de pression sur les pédales (surtout sur le plat quand il y a toujours un peu de vent ou de légères variations de topographie), et d’autre part au type d’enregistrement du fichier. Un compteur Garmin propose par exemple un enregistrement de toutes les données (vitesse, fréquence cardiaque, puissance, cadence) toutes les secondes – ce que nous avons choisi – ou un enregistrement dit « intelligent » en fonction de la position sur la route. Dans ce dernier cas, les données de puissance vues sur le fichier sont plus lisses.

Pour l’entrainement quotidien et si l’on tient à suivre un programme précis basé sur la puissance, le compteur Garmin avec le capteur de puissance Shimano indiquent des données plus stables lorsque la cadence de pédalage est relativement basse (par exemple en montée), et lorsque l’effort est assez soutenu (au-dessus de 200/250 watts).

Exemple de séances d’entrainement réalisées avec l’appareil : pour être plus factuel, nous avons profité du capteur monté sur le vélo pour faire un cycle de développement de la PMA (Puissance Maximale Aérobie). La première étape consistait à faire un test sur cinq minutes, au maximum de nos possibilités, en bosse et sans regarder le capteur, puis de noter ensuite la puissance moyenne obtenue sur la durée. Puis nous avons consacré deux séances par semaine pendant quatre semaines à améliorer d’abord la puissance (avec des séries répétées de 30’’ autour de 120 % de la PMA), puis le soutien de l’effort (avec des séries de deux minutes à 100 % de la PMA, mais répétées jusqu’à six fois). À la fin du cycle, nous avons refait le test sur cinq minutes, sur le même parcours que la première fois. Non seulement le capteur a indiqué des valeurs supérieures cohérentes avec le niveau habituel, d’autres capteurs utilisés dans les mêmes conditions, et le travail effectué, mais ces progrès se sont aussi confirmés sur le chrono. Et enfin, nous avons répété ce même type d’effort sur un autre circuit deux jours plus tard : à 4 watts près sur cinq minutes (soit à peine plus de 1% d’écart avec l’avant-veille), les données étaient identiques.

La sécurité Shimano

On le sait, la qualité d’un capteur de puissance se juge aussi sur la durée, la fiabilité des mesures et leur reproductibilité. Avec le Di2, Shimano ne manque pas d’expérience ni de crédibilité en matière d’électronique, et il fait peu de doute que si la marque japonaise lance sur le marché le RC-9100-P, c’est qu’elle est sûre de son fait et de la durabilité du produit. Un argument qui peut faire la différence au moment de choisir un capteur de puissance, avec un SAV reconnu comme efficace et réactif en cas de problème de fonctionnement. Alors on peut trouver le capteur de puissance un peu cher par rapport à certains de ses concurrents, voire perfectible dans certains domaines, comme le pourcentage de précision, la mesure de la puissance gauche/droite, la compatibilité problématique avec certains compteurs et l’absence de protocole de communication Bluetooth. Mais de notre point de vue il assure l’essentiel de ce qu’on attend d’un capteur de puissance.

PÉDALIER CAPTEUR DE PUISSANCE SHIMANO RC-9100-P
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LES + : facilité de montage, intégration, autonomie de batterie, mesures fiables sur la durée

LES – : absence ou problèmes de communication avec certains compteurs (Suunto, Polar…), pas de prise en compte de certains pics de puissance très brefs, connexion avec l’application e-Tube Project parfois problématique

Autonomie : 300 h

Connectivité : ANT+

Longueur des manivelles : 165 mm, 167,5 mm, 170 mm, 172,5 mm, 175 mm, 177,5 mm, 180 mm

Mesure Gauche/Droite : Oui

Précision : +/- 2%

Construction : Hollowtech II, plateaux Hollowglide (non fournis), compatible 11 vitesses, ligne de chaîne de 43,5 mm
Garantie : 2 ans

POIDS 3Bikes : 703 g complet en 172,5 mm avec plateaux de 53-39

PRIX : 1499 €

CONTACT : www.bikegear.cc

 

Guillaume Judas

Guillaume Judas

- 48 ans. - Journaliste professionnel depuis 1992 - Coach / Accompagnement de la performance - Ancien coureur Elite - Pratiques sportives actuelles : route & allroad (un peu). - Strava : Guillaume Judas

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